12 mars 2012 0 Commentaire

Pratiques narratives

 

 

Pourquoi inciter les personnes en souffrance psychologique à participer à un atelier d’écriture ?

 

D’un point de vue étymologique, l’ astelier est un « tas de bois », d’où l’ atelier « lieu où un artisan travaille (le bois) », puis cet élargissement à « tout lieu où on élabore ». C’est pourquoi le propre de l’atelier d’écriture est d’élaborer la parole sous sa forme orale et sa transcription écrite. Or, le langage ne peut se dénier de la pensée qui le fait naître, alors même que la pensée peut ne pas se reconnaître à travers son propre langage, alors même que le langage la fruste parce quelle le maîtrise mal, l’offusque parfois, et qu’elle en rejette la forme écrite.

Un Moi qui souffre ne s’exprime que le mutisme ou la violence, à des degrés variables; ainsi le langage lui devient peu à peu hostile de telle sorte qu’il en oublie les vertus, et notamment celle élabore la personnalité. Les mots sont galvaudés, vulgarisés, dépourvus de profondeur. Qui connaît le sens vrai du mot AIMER ? On aime les fleurs, le chocolat, le rouge, son chien, sa mère …etc. En Anglais on fait la différence entre « like» aimer une chose, et «love» aimer un être vivant .Et lorsqu’on y réfléchit réellement, a-t-on une définition de ce terme ? On évoque des sentiments, des sensations, des émotions… On utilise ce terme dans la vie quotidienne. L’atelier d’écriture propose une activité autour de ces mots que langage courant emploie sans grande réflexion afin d’en cueillir le sens à sa source. L’atelier d’écriture est le lieu où vont disparaître les tabous de l’écrit, où la pensée va trouver le sens originel des mots, se les approprier, en jouer, et renouer avec ce qui la maintient au sein de la société : le langage.

 

 

 

 

L’ atelier d écriture met en place des activités qui permettent au Moi de se démultiplier dans une dynamique de reconstruction de la personnalité.

L écriture est un moyen de transcender le Moi évoluant dans son propre univers social sclérosé et souvent sclérosant. En effet l’ être humain s est volontairement enfermé dans des normes qui régissent son existence ; chacun croit être libre de choisir son mode de vie selon une variété de normes qui l’« encadrent » et le limitent ! ; c’est l’ illusion du libre-arbitre puisque chacun est lié par sa naissance et son éducation, ses fréquentations, le lieu géographique et le milieu qui sont des facteurs déterminants que nul ne peut nier, au plus ils pourraient être dissimulés à autrui, ou à soi-même, dans le cas d’une fuite ou dans celui de l’amnésie.

Tout arrachement volontaire ou non à cet état originel propulse et détermine à un nouvel état, tout autant aliénant.

Donnons, ici, l’ exemple les amants de l Éden biblique : transgressant l’unique loi des lieux paradisiaques, ils en furent bannis, exilés sur Terre, condamnés à des êtres humains, nouvel état en soi ; il leur a fallu vivre, apprendre à construire, à donner la vie, et à mourir. La loi mythique de l’Éden a fabriqué le fatalisme originel. Néanmoins, la prise de conscience de sa propre finalité élargira l’esprit humain qui cherchera à connaître l’infini et à trouver les voies pour s’y inscrire. Il sera constaté ainsi la capacité de la pensée à vouloir se libérer de ses chaînes en imaginant ce qui n’est ni à sa mesure, ni à sa portée ; c’est peur-être là que se trouve la puissance spirituelle. Relisons le mythe, comparons le à d’autres mythes ou légendes : à chaque récit, l’homme sort de l’Histoire métamorphosé, il entre dans une ère nouvelle dans laquelle l’idée de bonheur s’entend avec celle d’une sagesse raisonnée et mesurée, ce qui s’oppose à ce qui reste dans le mythe. De plus, chaque récit montre la capacité de l’homme à imaginer à partir du réel des créatures et des univers qui l’effraient et contre lesquels il lutte en se forgeant des pouvoirs surnaturels, spirituels, tel la magie, puis la religion; or, notre pouvoir ne résiderait-il pas dans cette capacité d’imagination créatrice qui fait de chacun de nous un génie ! Ainsi, nos ancêtres nous ont-ils transmis cette volonté d’agir sur ce qui met en échec notre existence, à condition bien entendu que nous ayons conscience des démons de notre existence. Quels que soient leurs attributs, une fois insérés dans un récit, ils n’auront pas ceux qui sont les caractéristiques du héros que notre imagination va créer et que nous incarnerons. Le récit deviendra le lieu où nos pouvoirs s’exerceront et rendront vainqueurs.

 

Dans l’atelier on apprend :

  • à INVENTER une HISTOIRE dont est le HEROS,
  • à prendre goût à la REUSSITE.

 

Reconsidérons le Moi, aliéné par les normes sociales, morales, psychologiques qui régissent au moins en surface sa personnalité et l’inhibe ; il n’en est pas moins doué de génie créateur, car celui-ci lui est venu alors même qu’il venait l’esprit vierge et libre en ce monde. Toute pensée est douée d’une imagination qui est libre au point de s’opposer au raisonnable, au moins en rêve lorsque l’ existence la laisse suffisamment en paix. L’homme peut alors désirer l’improbable ce qui le rend ambitieux, et graisse généreusement les rouages de la machine à penser qui a pour objectif, entre autres, de lui tracer une vie. Quand il en est ainsi, l’esprit est un créateur actif et heureux, qui sait se frayer un chemin entre les normes.

 

 

Néanmoins, la modernité, née de la folle imagination créatrice, a-t-elle fini par réduire le génie jusqu’à en faire une créature à l’esprit émoussé. Longtemps, les hommes ont correspondu par lettres, aujourd’hui, ils croient le faire mieux en employant des moyens sophistiqués tels que les SMS ou les CHATS ; en quelques brides de mots, ils se donnent rendez-vous, se disent leur amour, annoncent leur mariage ou leur rupture. Les vœux de fin d’année sont vides, tel un rapide jet de termes phonétiques envoyés en série ! Les réseaux sociaux démesurent l’univers social de l’individu, lui donnent l’illusion d’avoir «des amis», alors que la communication est tronquée, amenuisée ; on ne se parle plus, on s’affiche sur la toile, on donne dans une image de soi stéréotypée, on s’y enferme, on en perd son authenticité, sa personnalité.

Le Moi réel devient un personnage fantoche d’une existence affaiblie par la quête de l’autre. Mais quel autre ?

 

Participer à un atelier d’écriture permet de renouer avec le sens même de la parole, de reconsidérer le Moi par rapport et dans ses rapports à Autrui. En effet, l’atelier est avant tout un lieu convivial dans lequel la parole devient une source de créativité et d’émotion. Chaque participant retrouve une confiance ensoi qui lui permet de communiquer avec les autres ; les débats, qui précèdent la séance d’écriture, libèrent la parole et ouvrent les voies de l’imagination créatrice.

A chaque séance, le Moi s’apaise et retrouve le lien social, il écrit, et veut offrir à autrui ce qui est enfanté par sa pensée, alors, il lit à haute voix ; langage et pensée communient en harmonie pour le bien commun.

 

Notre rôle est d’ aider chacun à déconstruire l’histoire qui le met en échec et le conduire à édifier une nouvelle réussite dans laquelle il a pleinement conscience qu’il est acteur de sa vie et apprend à la projeter.

 

Les Ateliers d’Écriture d’E.L.P.A.J.

ATTAL Joyce

 

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