17 août 2013 0 Commentaire

Lettre d’Anna à Marie

Voici une lettre que nous avons reçue en réponse à notre atelier d’écriture : Qu’écririez-vous à quelqu’un que vous avez aimé ?

Cette page pleine d’émotion est un cri d’amour filial d’une mère à son enfant. Nulle explication, nul commentaire, rien ne dévoile l’histoire de Marie, juste cette formule adressée à notre attention : « Cher ELPAJ, voici ma lettre, il y a très longtemps que je n’ai vu mon enfant.  »

A toi, ma fille, mon enfant chérie.

Quand tu es venue au monde, à l’aube d’un beau week-end estival, quand j’ai pu enfin admirer ta jolie frimousse de poupée, ton petit corps si joliment fait, une émotion soudaine et inconnue encore a submergé mon cœur d’un bonheur si grand que j’ai pleuré de joie et d’amour. Tu étais là, tu souriais déjà, tu étais douce et tellement réelle que mes larmes coulaient d’émotion sur mes joues enflammées.

Moi qui t’avais portée durant neuf longs mois, qui te caressait à travers la peau de mon ventre que tu étirais, je n’arrivais pas à te toucher, toi ce cadeau que la vie venait de m’offrir. Cependant, on t’a prise et on t’a collée sur mon sein, une nouvelle impression d’infinie tendresse m’a envahie, puis la magie de l’instinct a opéré : tu t’es mise à chercher le bout tendu qui te servirait d’abreuvoir durant les premiers mois de ton existence. Et là, je me suis sentie t’appartenir jusqu’au fond de mes moindres vaisseaux ; on a coupé le cordon, on t’a séparée de moi, tu n’as pas crié, tu as trouvé cela normal, alors que mon ventre palpitant mourait en se vidant du sang qu’il t’avais donné pour t’amener à la vie.

Ce n’est pas l’enfant qui appartient à la mère qui le met au monde, -croire cela est une terrible erreur !- , c’est la mère, meurtrie par cette première séparation, qui vit enchaînée à son enfant qu’elle ne supporte pas de voir partir. L’enfant s’habitue à cette absence quand il trouve ailleurs des bras qui l’entourent d’affection. C’est ainsi que s’enchaînent les vies, les enfants deviennent des femmes qui, à leur tour, connaissent dans les bras d’un homme la passion qui les font rêver d’un enfant, elles en oublient leurs parents, car les enfants sont ainsi, ils vont toujours devant, ils n’ont jamais le temps de se retourner vers leur passé où se trouvent leurs pauvres mères qui pleurent d’amour sans se lasser de les aimer.

Tu es partie un jour. Tu m’as dit que tu voulais réussir ta vie sentimentale avec cet homme que j’ai refusé de rencontrer. J’ai essayé de te convaincre de le quitter : ton jeune âge, ton avenir professionnel, ton manque d’expérience, vos divergences. Tu ne m’as pas écoutée. Cet homme te manipulait l’esprit, t’arrachait à ta famille, te faisant croire qu’il t’apporterait ce que nous ne te donnions pas. Mais de quoi manquais- tu ? Tu étais une jeune fille comblée, belle, intelligente et raisonnable, et nous étions liées l’une à l’autre par cette affection immense qui cimentait notre relation , enfin, c’est ce que je croyais à ce jour où tu nous as révélé la vérité. Durant toute ton adolescence, cet homme, bien plus âgé que toi, était présent, attendant dans l’ombre ta majorité, tel un guépard se jetant sur sa proie au moment propice où le chasseur s’assoupit. Je ne me méfiais pas. Mais comment se méfier quand les choses ont l’apparence du bien-être ? Comment imaginer que le démon rôde dans la chambre d’un enfant qui ne cesse d’embrasser sa mère en la rassurant ?

Certes, comme toute adolescente, tu avais des doutes que j’essayais de réduire, Je m’en veux de n’avoir pu comprendre que quelque chose te tourmentait quand tu m’as confié, par exemple, timidement ta crainte de la gente masculine : « Les garçons du lycée sortent avec des filles qu’ils ridiculisent par la suite. Ils sont bêtes et je ne veux pas les approcher.  » disais-tu. Que t’ai-je répondu alors ? Une banale phrase qui n’a de sens que pour une mère et ne veut rien dire pour autrui : « Tu es encore jeune, plus tard tu les apprécieras » ….. Le « plus tard » m’a écorché vif le visage et c’est moi qui suis là, à compter les jours, en attendant ton retour !

J’aurais pu et je pourrais, encore au moment où je t’écris, mourir pour te donner le jour une seconde fois. J’irais te chercher jusqu’au fond du gouffre d’où tu crierais à l’aide, bravant les mensonges, la haine des hommes en colère, les flammes de l’enfer s’il le fallait. Je prendrais ta place derrière les barreaux d’une prison si on t’y enfermait, je me collerais à ta peau si tu étais souffrante pour prendre tes maux, te guérir et te voir sourire, car jamais, je ne cesserai de t’aimer comme lors de cette première seconde où j’ai vu ton petit être tout blanc qui s’agitait en riant à la vie.

Moi qui n’ai été que le passage de ton âme qui a trouvé mon corps de femme pour constituer l’enveloppe charnelle qui l’abriterait, j’ai été si fière que tu m’aies choisie ! Je suis si malheureuse de n’avoir pas su te guider ! Mais comment éviter le loup quand celui-ci est tapi dans des réserves insoupçonnables ? Pour toi, le lien a été ce téléphone portable que je t’avais offert pour te protéger au cas où tu te serais égarée. Ironie du malheur qui nous frappe avec nos propres armes de défense !

Cela fait longtemps que tu nous as quittés pour suivre cet homme. Je n’ai pas cherché à te suivre, espérant qu’un matin, tu t’affolerais en découvrant son véritable visage. Il a la puissance des fabulateurs et tu as la faiblesse du crédule.

On m’a rapporté que tu pleures souvent. Reviens mon enfant. Reviens chercher consolation dans les bras de ta pauvre maman qui t’attend.

Je t’aime Marie chérie,

Anna, ta maman fidèle.

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