2 novembre 2019 0 Commentaire

Moto en enfer. D’après une nouvelle de Joyce ATTAL

« La moto ! Vite ! » L’alarme d’une moto retentit. « Vite ! Ils la volent ! » Max, choqué, tient la clé de son magnifique deux roues, à la robe robe rouge, et la selle en cuir fauve. Deux malfrats viennent de la subtiliser. Aujourd’hui, c’est la canicule, le thermomètre affiche 38°. Les gens sont écrasés par la forte chaleur. Max. a accouru dès l’alerte, mais trop tard. Un témoin raconte les avoir vu embarquer la moto dans un camion gris qui a démarré avec son butin, manquant de le percuter en virant de rue. Max croit en perdre la raison. Il souffre d’un mal au crâne. « Comment est-ce possible, demande Léa, affolée, qui vient de le rejoindre. » Commissariat, dépôt de plainte, appel à témoins via Internet. Tous les moyens sont mobilisés.
Depuis trois ans, le couple et la puissante BMW ont avalé les kilomètres, sillonné les routes européennes en quête de sensations fortes, de lieux insolites à visiter. Elle était leur compagnon de route, leur Joly jumper. Sans elle, ils se sentent orphelins, ils pleurent. De retour chez eux, ils partagent une bière glacée, mais la fraîcheur du liquide mousseux n’atténue ni chaleur ni chagrin, La moto a disparue. Que de privations pour l’acheter ! Que de plaisirs partagés ! Léa s’approche tout près de Max pour le cajoler, quand, soudain, l’intérieur de corps s’enflamme ! L’air torride mélangé à l’alcool absorbé fait monter sa température au-delà du supportable. Elle sombre, puis râle dans un sommeil profond.
De chaque côté de l’imposante porte noire, brûle un brasier qui lance des flammes hautes et vives, telles deux danseuses de feu qui s’entortillent comme des accordéons, de bas en haut, étirant leurs couleurs chaudes et froides dans des variations diaboliques. La jeune femme est fascinée par ce mouvement incandescent. Que dissimule cette porte ? Intriguée, elle attrape le lourd heurtoir en bronze pour le faire retentir. Les battants s’écartent lentement, laissant apparaître une cour immense en carrelage rouge cramoisi. Léa, déjà fiévreuse, est prise d’un vertige ; l’espace l’entourant tourne, elle a peur de s’écrouler. Tout à coup, ses yeux s’écarquillent à la vue de l’immense parking situé à l’opposé de l’endroit où elle s’est arrêtée. Des centaines de véhicules de tous types, tous genres, toutes couleurs y sont entreposés, alignés minutieusement, selon un classement précis. A qui peuvent-ils appartenir ? L’endroit lui paraît suspect. Comment est-elle arrivée ici ? Les questions qui s’entrechoquent dans sa tête étourdie. L’air chaud est irrespirable. La courageuse Léa avance au milieu des Ferrari au jaune insolent, des Porsches arborant leur courbes sensuelles, des somptueuses Mercedes… À droite, on a entassé une flotte de deux roues, les phares tristement éteints Perplexe, elle se demande où est le propriétaire de cet endroit lugubre. Méfiante, elle progresse entre les allées de deux roues. Sa curiosité est si excitée par cette découverte qu’elle ne voit pas le brasier qui crache son feu satanique. Elle avance ainsi jusqu’au fond, lorsqu’elle aperçoit… la moto rouge à la selle en cuir fauve. Léa est pétrifiée : comment est-elle parvenue jusque dans ce garage ? Elle se précipite jusqu’à elle, elle voudrait vérifier si c’est bien celle de Max, mais, au moment de la toucher, surgit un homme, son Max ! Le regard sanguinolent, il lui attrape vivement le bras pour la retenir. Elle vocifère si fort que, dans l’antre brûlante du diable receleur, les véhicules garés se mettent à dandiner en tous sens, les sirènes à résonner. Cette cacophonie infernale rythme avec un lointain tambour vaudou qui ensorcelle l’ambiance. Elle crie. Brusquement, le sol se dérobe sous ses pieds laissant place au cercle béant de feu. Des flammes grimpent si haut qu’elles lèchent déjà ses semelles. Terrifiée, elle se pend au cou viril de Max, tout en remontant ses jambes afin d’échapper aux brûlures. La moto est en équilibre sur les bords du trou. D’une force quasi irréelle, son chevaleresque compagnon maintient, écartelé, d’un côté son bras, de l’autre le guidon chromé. Elle tremble, la fièvre la fait transpirer, elle gémit tout se laissant hisser par son héros qui, d’un bond, enfourche la selle de sa moto, et l’assoit sur le réservoir. Ils sont face contre face. Soudain, c’est l’horreur ! Le visage de Max se morcelle en lambeaux de chair brûlée et purulente, sa mâchoire se décroche, un rire hideux le secoue ; elle s’évanouit. A cet instant, la gueule aux crocs acérés la guette. Sa vision est embuée. Ses paupières clignent. C’est Jeff, son berger allemand, qui est sur le lit. Il la pousse du museau, elle lui rend un sourire attendri. La chaleur de la pièce est irrespirable. Elle se plaint d’avoir mal, d’avoir soif…elle est vivante ! Tout son corps transpire. Jeff se jette sur elle pour la lécher. Il remue la queue de joie, aboie entre deux coups de langue, ce qui terminent de la réveiller. Elle s’extirpe écœurée. Pouah ! Elle a beau l’adorer, elle ne s’y habituera jamais ! Alors, elle lui souffle dans les narines. Surpris, Jeff se dégage de son étreinte, puis, decampe. Max, a assisté à la scène. Il rit à la vue du grand Jeff dévalant du lit. Entre temps la jolie brune s’est pendue amoureusement à son cou pour se lever ; alors. tandis qu’elle reste agrippée, les jambes enlacées autour de sa taille, il se dirige vers la cuisine, la pose sur le plan de travail, près de l’évier, et s’affaire à la préparation du petit déj’. Ils sont heureux de toute leur jeunesse, de tout l’amour qu’ils partagent entre eux et avec Jeff, de leur passion pour la moto.
Le téléphone sonne. Un policier les convoque : ils l’ont retrouvée ! Vite ! Jeans, tee shirt, café avalé à la hâte, Jeff les talonne, ils inscrivent l’adresse dans le GPS. Il fait toujours très chaud, l’air est sec, la respiration du chien haletant s’accélère. Léa le calme en lui promettant une baignade dès leur retour. Mais, rien n’apaise le chien qui recommence à s’agiter. Il fait très sombre. Max a garé la voiture devant une porte en fer au heurtoir doré …saisie de stupeur, la jeune femme gémit, médusée… Le cauchemar est-il de retour ?  » C’est l’enfer là-dedans ! Il ne faut pas y pénétrer, murmure-t-elle. » Dans la nuit, la vision des crocs ivoire du berger qui grogne toujours debout à l’arrière de la voiture la sort de sa stupeur. Soudain, un hululement déchire la pénombre. Léa ouvre la porte et se précipite à l’extérieur. Paniquée, fuir est sa seule ressource. Ses yeux scrutent dans le noir. Jeff a sauté à ses côtés. Un grand camion gris garé à quelques mètres lui paraît la planque idéale pour se mettre l’abri du gouffre infernal. Accroupie, à l’abri, elle tremble ; Jeff grogne. On entend un cri à peine étouffé : le bras d’un inconnu est dans la gueule du chien ! Il est tétanisé, il ne bouge plus de peur que les mâchoires broient leur proie. La jeune femme hurle le nom de Max, Jeff serre la chair sans enfoncer les crocs.  » Lâche Jeff ! Tout doux. C’est un ami ordonne la voix ferme pour faire lâcher prise au chien-loup. » Lea se sert contre son sauveur. Ils viennent de connaître une angoisse irrépressible. Si Jeff avait arraché le bras du flic, on l’aurait abattu. Pauvre amour défendant sa maîtresse ! L’homme tâte son avant-bras. Rassurés, ils se dirigent vers la cour miraculeuse. D’instinct, les yeux féminins furètent jusqu’à la dernière allée dissimulant les derniers joyaux arrachés à leurs maîtres. Au fond, la moto rouge se détache des autres. Ils se mettent à tournoyer autour d’elle, Jeff jappe, joyeux. Max sort une clé, enfourche son bolide, tend l’oreille : un vrombissement retentit entre les murs sans couvrir le fracas des policiers qui perquisitionnent, trois hommes sont menottés. Sur le sol rouge, un artiste a imité le feu du royaume satanique. Léa regarde son compagnon d’un air inquisiteur : « Tes dons de médium ont opéré durant ton sommeil. C’est toi qui a révélé ce repère. » Ils rient. Ils s’embrassent Le chien jappe : il veut sa part de caresses. « Rentrons. Viens, Jeff. »

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